| Les
dames de petite vertu ne désarmèrent pas
et ce déplacèrent vers la rue St-Nicolas
où elles déambulèrent jusquen
1990.
Le
jardinier des surs Célestines son
nom est inconnu racheta les ruines, peu après
lincendie, et creusa, dans la partie centrale
de lEspièglerie, six fosses à tanin
quil garnit de margelles en pierre. Ces fosses
à tanin se situaient sous lactuel bar de
lEspièglerie et sous la cuisine centrale.
Huit fosses à tanin furent également creusées
sous le hall et la taverne des « Tanneurs de Namur
».
Ces
fosses furent démolies en 1986 et les margelles
ont été réutilisées pour
créer des marches descalier dans le caveau
« KURBALI » ou des seuils de fenêtres
dans la salle « Leanza ».
Les
fosses à tanin étaient initialement à
ciel ouvert mais elles dégageaient une telle
puanteur, que les souteneurs de la rue St-Nicolas virent
leur affaires péricliter, en proportion inverse
de lexpansion glorieuse mais nauséabonde
des tanneries. Un bien pénible conflit de voisinage
opposa les deux clans.
La
guerre des tanneries fût toutefois dassez
courte durée, car Ferdinand, dit le « Galant
», fils du jardinier des Célestines, séprit
dune fille de la rue St-Nicolas, Rosalie de Boneffe,
qui se vantait davoir été honorée
par Malborough, la veille de la bataille de Ramillies
!
Grâce
à Rosalie, souteneurs et tanneurs firent un compromis
et sentraidèrent pour couvrir les fosses
à tanin par les jolies maisons du Quartier des
Tanneurs. Les odeurs des tanneries demeurèrent
dans les murs, et la rue St-Nicolas prospèra
à lombre de lEglise Notre-Dame.
Les
tanneries de Ferdinand le Galant acquirent rapidement
une renommée internationale. Cest lui,
en effet qui tannait des peaux de veau si fines et si
solides quelles équipèrent bien
vite les plus rapides voiliers.
Lapogée
des tanneries fût atteinte le 20 mai de lan
de grâce 1682, jour de la St-Bernadin. Vauban,
voyageant incognito, arrêta sa voiture sur les
herbages de la place lIlon. La rue de Tanneries
était trop étroite pour permettre le passage
de lattelage et il sengagea donc, à
pied dans la ruelle. Il devait y acheter des peaux de
qualité afin de garnir la tente royale où
le Roi Soleil devait établir son état
major au cours du siège de Namur.
Les
peaux de Ferdinand le Galant étaient imperméabilisées
selon un procédé ignoré et la saison
était tellement pluvieuse que le Roi Soleil,
en ce début dété, redoutait
davantage la pluie que le soleil.
Devançant
les idées de la modernité, Ferdinand le
Galant était républicain et nappréciait
guère le Roi des Français. Supputant son
honorable client dappartenir à lautre
camp
il le trompa sciemment en livrant des peaux
sans grande valeur et
non imperméabilisées.
Il
se fit payer en Gulden, faisant laffront de refuser
les Louis et
personne ne pût dire si
comme il sen est vanté cest
lui qui poussa le cocher dans le Houyoux puant, lors
du passage sur la passerelle de bois qui donnait accès
aux tanneries.
Les
peaux tannées tombèrent dans leau
et furent mal lavées par les soldats français
dans les eaux de la Sambre à hauteur du gué
de Floreffe.
Racine,
correspondant de guerre, notera à la date du
27 mai 1682 :
«
Notre Roy Louis sortit du cabanon »
«
Maugré (sic) la pluie et le tir du canon »
«
Préférant lodeur de la poudre »
«
A la senteur de sa royale
» (illisible).
Lhistoire
de la chute dans le Houyoux fit grand bruit à
Namur et Ferdinand le Galant devint plus célèbre
sous le nom de Ferdinand lEspiègle.
Au
XXe siècle, un nouvel espiègle
très
peu galant
supprima 6 bordels. Lhistoire
ne précise pas encore sil peut ou veut
fermer les deux dernières maisons closes qui,
dans la rue St-Nicolas, évoquent un passé
souvent bien misérable.
Comme
au temps des Surs Célestines, les chauds
partisans de ce triste folklore bordélique ont
bouté le feu en 1987 en 1991 et en 1993, mais
lintervention rapide et efficace des pompiers
namurois a permis déviter la grande récidive
de lannée 1650. Le parquet de Namur ne
sest jamais préoccupé de ces incendies
criminels qui portèrent gravement préjudice
à lespiègle républicain.
Les
Tanneurs de Namur (rénovation de 1980 à
1991), sont à la gloire de la Wallonie, mais
aussi et surtout de ces vrais artistes du 17e siècle
et du 20e siècle. Les compagnons re-bâtisseurs
du 20e siècle furent des artistes exceptionnels.
Ceux
ci méritent dêtre les citoyens dhonneur
de cette ville de Namur à laquelle ils ont donné
le meilleur deux-mêmes , suscitant la jalousie,
le mépris ou la colère des uns, mais donnant
bonheur et satisfaction aux autres. Un jour, peut être,
ladministration fera une paix chaleureuse avec
son marginal espiègle, auquel, jusquà
ce jour, elle refuse une adéquate signalisation
pénalisant dès lors les visiteurs du chaleureux
pays Wallon.
Il
suffisait de peu de chose pour que les « Tanneurs
de Namur » ne ressuscite pas
Il suffisait
que les gardiens de la loi lemportent sur les
amoureux de la Wallonie et de ses admirables vieilles
pierres. La rénovation non subsidiée des
Tanneurs de Namur
ce fût la « galère
».
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